Créé par une start-up wallonne, ce logiciel permet de connaître avec précision le contenu d’un plat et son impact environnemental.
Les nouvelles générations veulent des produits plus sains, plus écologiques et plus locaux.

Mais qu’y a-t-il réellement dans mon assiette ? Au fil des scandales alimentaires, la question préoccupe de plus en plus de consommateurs soucieux de leur santé mais également – pour certains – de l’impact que peut avoir leur alimentation sur l’environnement.

Une question qui turlupinait également Sophie Flagothier. « En tant que consommatrice, je trouvais que nous ne disposions pas assez d’informations par rapport à notre nourriture. Que l’on se rende dans une grande surface ou que l’on suive une recette sur Interne, on n’a aucune idée de ce que l’on mange vraiment », explique la jeune bio-ingénieure.

Exploiter les « big data » de l’univers agro-alimentaire

La réponse existe, mais encore faut-il pouvoir la trouver. Son idée est donc simple: développer un outil de recherche suffisamment puissant que pour aller piocher toutes les informations pertinentes dans les bases de données existantes. « Des donnés fiables ou non fiables, mais que l’on corrige pour ensuite les présenter dans un format le plus intuitif possible au consommateur», précise-t-elle.

Ce sera chose faite en 2016, avec le lancement de « YouMeal ». Fondée avec l’appui de deux associés – Rémy Tasse et Jacques-Olivier Vandenhende -, cette spin-off de l’UCL propose une plate-forme logicielle qui repose sur des algorithmes permettant de collecter et de synthétiser ces informations avec une exhaustivité et une précision qui, revendiquent ses concepteurs, n’existait pas jusqu’à présent dans ce secteur. Un outil innovant récompensé par le Fonds Sense en 2016 (lire ci-dessous).

Pour l’instant, celle-ci est avant tout dédiée aux grands acteurs de la restauration collective : chaînes de restaurants, grande distribution, traiteurs industriels… Parmi ses premiers clients, YouMeal compte déjà quelques noms qui font une jolie carte de visite comme Lunch Garden ou Compass.

Des recettes décomposées et analysées dans le détail

Pour chaque recette, l’utilisateur obtient un tableau de bord détaillé précisant la valeur nutritionnelle du plat, les risques allergènes, le taux de graisse saturées, la présence de gluten, etc. en fonction des aliments utilisés et en prenant en compte les transformations qui s’opèrent lors de la préparation de ces repas. Des informations qu’il peut ensuite répercuter vers les clients.

« Notre volonté est de couvrir toutes les préoccupations des consommateurs. Si je suis vegan, si je suis diabétique, si je fais un régime basses calories ou si je suis attentif au poids écologique de mon alimentation», explique encore Sophie Flagothier.

Le producteur dispose en outre de sa liste d’ingrédients et de son coût par matière. Pour un croque-monsieur, par exemple, « il peut commencer à jouer avec la recette : du pain gris plutôt que du pain blanc, ajouter de la vitamine C ou encore utiliser une matière grasse qui ne contient pas d’huile de palme. Et il voit directement l’impact que cela peut avoir sur le coût. Cela permet de montrer qu’il existe d’autres solutions qui ne sont pas toujours plus onéreuses. »

Grâce à cet outil, l’objectif est d’encourager à la base la réalisation de plats à la fois sains et durables, tout en tenant compte des réalités du secteur, ajoute Rémy Tasse. « Le client peut plus facilement choisir les alternatives, mais le coût reste un élément extrêmement important dans ce milieu car les marges sont faibles. »

L’impact environnemental pris en compte

La force de YouMeal, enchaîne-t-il, est d’aller chercher les informations à la source, alors qu’elles sont aujourd’hui extrêmement dispersées et compliquées à trouver. YouMeal puise ainsi dans une vingtaine des bases de données issues de fournisseurs de la grande distribution, d’initiatives nationales en matière de nutrition, d’articles scientifiques en matière de santé ou d’impact environnemental… « Nous opérons automatiquement un suivi permanent. Dans ces données, il y a parfois des erreurs ou des manques que nous corrigeons et complétons le cas échéant. Et en ce qui concerne les publications scientifiques, nous ne reprenons que ce qui fait consensus parmi les pairs. »

Le calcul de l’impact environnemental, par exemple, prend en compte le bilan carbone (l’énergie nécessaire à la production des aliments), la consommation d’eau, la pollution de l’eau et la superficie d’espace nécessaire.

« Pour les poissons, nous prenons également en compte les listes des espèces menacées issues de plusieurs bases de données», complète Jacques-Olivier Vandenhende. « Un cabillaud pêché dans telle zone peut en effet être acceptable, alors qu’il ne l’est pas s’il provient d’une autre zone. » Et de citer le cas d’un restaurateur qui pensait offrir un plat de poisson certifié durable, alors qu’il utilisait dans sa préparation de la sauce worcestershire dans laquelle on trouvait des anchois qui avaient été pêchées de façon non durable.

Une appli grand public

Travailler avec les grands acteurs permet d’atteindre directement un grand nombre de consommateurs. « Aujourd’hui, 10 000 personnes consultent chaque jour les fiches YouMeal et les retours nous montrent que cela renforce la confiance des consommateurs », se réjouit Sophie Flagothier.

La start-up poursuit son développement avec l’ambition de toucher progressivement les restaurateurs de moyenne et petite taille, mais aussi de développer une application dédiée au grand public. Un projet qui doit encore mûrir. « On ne veut pas être prescripteurs et donner un feu rouge ou vert, mais on veut absolument que les gens reçoivent des informations exactes et facilement compréhensibles pour savoir ce qu’ils mangent », insiste Rémy Tasse.

Etre pionniers n’est pas toujours simple, concluent les trois entrepreneurs, qui n’en restent pas moins convaincus d’avoir anticipé une évolution inéluctable. « Les choses sont en train de changer. Les nouvelles générations ne se retrouvent plus dans l’offre alimentaire et ont d’autres attentes. Elles se tournent vers des produits plus sains, plus écologiques et plus locaux.»

REPERES

Le « Fonds SE’nSE », pour entreprendre durablement

La Fondation pour les Générations Futures vient de lancer l’appel à candidatures 2018 pour la 3e édition du « Fonds SE’nSE ». Celui-ci vise à soutenir « les entrepreneurs développant des projets à impact environnemental élevé et adoptant un fonctionnement durable ».
C’est en « stimulant l’esprit d’entreprendre » que ce fonds doté de 170.000 euros créé par l’entrepreneur Pierre Mottet (IBA), entend « contribuer à un monde soutenable ». Chaque année, un maximum de six entreprises sont sélectionnées par un jury. Neuf start-up ont ainsi été récompensées depuis sa création.
L’appel à projets, lancé le 3 avril, se clôturera le 3 juillet prochain.
Toutes les infos ici : https://www.foundationfuturegenerations.org/…/p…/fonds-sense

 

G.T., LaLibre.be, Publié le